La Révolte des Boxers, poings et sang

— Ces sont des boxers ou plus exactement des « boxeurs de la justice et de la concorde », comme ils s’appellent eux-mêmes. Pour les autorités, ce sont des brigands et des voleurs. Cette ville était leur place forte. D’après ce qui est écrit, ils appartiennent à la Triade du Lotus Blanc. Il faut reconnaitre une qualité aux Chinois, ils savent donner des noms poétiques aux gangs d’assassins.

La Rose Noire de Tian Jin, Chapitre 3

Fait marquant de l’Histoire Chinoise, la Révolte des Boxers sert de toile de fond à La Rose Noire de Tian Jin, de Jean Michel Joubert. Cet épisode est très peu connu sous nos latitudes, et pourtant, il est passionnant à suivre. Nous allons donc faire un rapide tour d’horizon de cet événement.

Un contexte explosif

Il est toujours complexe de trouver ce qui peut allumer l’étincelle d’un conflit, d’une révolte. Et la Révolte des Boxers n’échappe pas à cette règle. Il serait trop simpliste de chercher une cause unique.

La Révolte des Boxers débute en 1899. Nous nous situons alors quatre ans à peine après la guerre sino-japonaise (1894-1895), qui s’acheva par la victoire de l’Empire du Soleil Levant. On peut sans peine imaginer le ressentiment des Chinois, vaincus par une petite île jusqu’alors considérée comme une nation très secondaire.

À cela s’ajoute la présence d’Occidentaux en Chine, et leurs velléités coloniales. Ainsi, des missionnaires sillonnent le pays afin de convertir les Chinois au christianisme. Ceux qui se laissent convaincre sont appelés les “Chrétiens du riz”.

Les huit nations impérialistes qui se partagent la Chine.
Les huit nations, de gauche à droite : l’Italie, les Etats-Unis, la France, l’Autriche-Hongrie, le Japon, l’Allemagne, la Russie et le Royaume-Uni.

Enfin, les grandes nations impérialistes que sont la France, l’Angleterre, l’Allemagne, la Russie, les États-Unis et la Belgique démontrent un intérêt grandissant pour la Chine. L’opium, notamment, devient un enjeu économique important.

Cet intérêt pour leur pays est vécu comme une menace et une humiliation par les Chinois, d’autant que certains traités, comme le traité de Nankin, qui met un terme à la guerre de l’opium, est inégal, cédant ports, administrations, et quartiers entiers de villes importantes comme Shanghai aux puissances européennes occidentales.

Les Chinois rejettent en grande partie cette présence étrangère et se montrent hostiles à toutes les innovations venues d’occident (lignes de télégraphes et voies de chemins de fer).

Dans ce contexte déjà très tendu, c’est le meurtre de deux missionnaires allemands en 1897 qui mettra le feu aux poudres et déclenchera un conflit meurtrier.

Les Poings de la justice et de la concorde

Les Yìhéquán ou “Poings de la justice et de la concorde” sont une société secrète dont le symbole est un poing fermé. C’est pourquoi ils sont surnommés les boxers. Cette société secrète a pris de l’ampleur avec l’hostilité de la population chinoise vis-à-vis de la présence occidentale sur le territoire.

Un Boxer, en 1900.
Un Boxer en 1900

Ces guerriers, qui pratiquent le kung-fu, mus par un profond sentiment xénophobe, sont issus de classes populaires hostiles à la fois à la présence des occidentaux en Chine et à la dynastie Qing, jugée impuissante à défendre les intérêts du pays.

Aussi, dès 1898, les boxers scandent dans les rues le slogan “Renversons les Qing, détruisons les étrangers”. Le mouvement divisera le pouvoir impérial. Cixi, l’impératrice douairière, secondée par les éléments les plus traditionalistes de sa cour, voit dans les boxers un moyen de se défaire de l’influence occidentale sur le pays, au grand dam du vice-roi de la province du Shangdong, Yu Lu.

Soutenus par le pouvoir impérial, les Boxers changent leur slogan : “Soutenons les Qing, détruisons les étrangers” scandent-ils.

Une révolte sanglante

Le conflit explose en 1897, avec la mort de deux missionaires Allemands, menant à l’occupation du port de Tsingtao par l’Allemagne. Puis, l’escalade devient vertigineuse. En mai 1899, les Boxers massacrent les chrétiens.

Les drames se multiplient. Cixi vient en aide aux boxers, en licenciant ses soldats en masse afin qu’ils aillent grossir les troupes des boxeurs.

L'impératrice douairière Cixi
L’impératrice douairière Cixi

Le meurtre du baron Von Ketteler provoque les “55 jours de Pékin” : le siège du quartier des ambassades. Le 21 juin 1899, l’Impératrice Cixi déclare la guerre aux huit nations.

Mais les boxeurs, leurs armes blanches et leur kung-fu ne font pas le poids face aux fusils et aux canons. Le mouvement est durement réprimé, les colons se livrant aux pires exactions.

Sentant le vent tourner, Cixi, qui fuit la Cité Interdite, déguisée en paysanne, décide d’apaiser les puissances étrangères. Elle ordonne à son armée de participer à la répression des Boxeurs.

Un bilan lourd

Le bilan de la Révolte des Boxers est très lourd. On dénombre près de 30 000 Chinois chrétiens tués, et 300 missionnaires. Par ailleurs, les pertes militaires sont très nombreuses.

Des milliers de Boxers sont décapités à l’issue du conflit. Humilié, l’Empire Chinois ne s’en remettra pas. Le pays est mis sous tutelle et la dynastie Qing sera renversée dix ans plus tard.

Des Boxers à Tian Jin
Des boxers à Tian Jin

La Rose Noire de Tian Jin, de Jean Michel Joubert, prend pour cadre ce conflit. Plongez donc dans cette époque tourmentée à travers les yeux de Baptiste Martineau, le protagoniste de ce roman passionnant, disponible dans notre catalogue.

Sources :

D. GALLAIS, La Guerre des Boxers : la marine française dans l’expédition de Chine, 1900-1901, Annecy, SRE Editions, 2013

J. MABIRE, L’été rouge de Pékin : La Révolte des Boxeurs, Fayard, 1978

R. BOURGERIE et P. LESOUEF, La Guerre des Boxers (1900-1901) Tseu-Hi évite le pire, Paris Economica, coll. Campagnes & Stratégies, 1998

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