La semaine dernière, on vous écrivait notre amour du récit de voyage. On expliquait notamment qu’on aimait l’authenticité de ces textes, et leur poésie naturelle. Nous allons resserrer notre ligne éditoriale dans les mois à venir. Moins de fictions, plus de récits de voyage, dans notre catalogue. Et peut-être avez-vous, dans vos tiroirs, des textes à nous faire parvenir pour nos futurs appels à manuscrits. Cependant, ce n’est pas parce que vous avez un récit de voyage, qu’il sera automatiquement accepté. Cet article vise à vous présenter ce que nous attendons d’un récit de voyage.

Un récit de voyage raconte un voyage.

Cela peut sembler couler de source, mais il est important que votre récit de voyage raconte… un voyage. Cela sous-entend une dimension de mouvement dans le texte, c’est-à-dire que vous devez, dans votre récit, aller d’un point A à un point B. Si vous passez vos vacances à Ibiza, que vous restez à la plage pendant tout votre séjour, et que vous faites un carnet de voyage présentant votre routine plage-bar-boîte, pour prendre un exemple caricatural, vous admettrez que niveau dépaysement, on fait mieux.

Cela ne signifie pas que vous devez forcément bourlinguer partout. Un carnet de voyage peut tout à fait ne concerner qu’une ville. Dans ce cas, explorez-la, rencontrez les gens, assimilez-la, et racontez-la nous ! Un récit de voyage n’est pas un simple compte-rendu de vacances. Le lecteur n’a cure du nombre de margaritas que vous buvez, il veut être dépaysé, il veut avoir le sentiment, en terminant sa lecture, d’avoir visité les lieux dont vous parlez.

Orientez votre récit.

Quand on voyage, on cherche tous quelque chose. Le dépaysement, l’exotisme, ou au contraire, des lieux familiers qu’on a envie de retrouver… un bon récit de voyage suit un thème, que l’auteur le fasse volontairement ou non. Par exemple, Le Grand Rassemblement, de Delphine Ciolek, raconte la perception de l’autrice d’un pays qu’elle ne connaissait pas. Une Échappée en Calabre, de Florence Neuville, suit l’autrice, qui connaît l’Italie comme sa poche, dans une région qui lui est beaucoup moins familière. Le texte démontre que même dans un milieu familier, on a encore des choses à découvrir.

Le Rite, de Leslie Köhler, évoque le pouvoir du voyage sur les rapports humains et notre capacité à nous dépasser… En d’autres termes, votre récit de voyage doit raconter quelque chose. Ce thème sous-jacent apparaît de lui-même, et c’est à l’auteur de l’identifier. Et ne croyez pas que ces thèmes sont limités à la découverte de l’autre.

Un exemple : votre récit de voyage peut-être celui du retour, si par exemple vous retournez dans un lieu après une longue absence. Une quête spirituelle, si vous faites les chemins de Saint-Jacques, si vous allez au Tibet ou visitez des temples…

Parlez de vous, mais aussi des autres !

Il nous est arrivé de recevoir des manuscrits de récits de voyage fort bien écrits, et de les refuser. Pourquoi ? Car ces récits étaient bien plus des journaux intimes que des carnets de voyages ou journaux de bord. L’auteur, en voyage, va raconter ses états d’âmes, ses doutes, ses angoisses, nous amener dans un récit intimiste. Puis le voyage s’achève. Et on retourne à la page titre pour savoir où nous sommes allés.

Les écrivains-voyageurs font souvent de belles rencontres. Et c’est ce qu’on souhaite avoir ! Si vous rencontrez des gens formidables, il est logique que vous ayez envie de parler d’eux, de l’impact qu’ils ont eu sur votre perception du pays visité ou de votre mode de vie. Parlez d’eux, faites vous leur porte-parole, leur voix !

Les récits de voyage sont des textes à portée intimiste. Mais pas seulement. S’il est vrai qu’on voyage aussi pour se (re)trouver, il est inconcevable de faire du voyage un élément secondaire, un prétexte. C’est probablement l’équilibre le plus difficile à trouver, mais il est primordial.

Les récits de voyage doivent nous embarquer !
Crédit photo : Rupar Leo

Pour notre part, lorsque nous lisons un carnet de voyage, nous aimons bien avoir un atlas à portée de main, ou alors une connexion internet, afin de suivre le trajet. Lorsqu’un auteur vante les beautés des temples d’Angkor, ou les déserts de sel des Andes, on aime se les imaginer, et les voir en photo.

Alors, posez-vous, au cours de vos voyages, et observez… observez et ressentez, et mettez cela sur papier. Perdez votre regard sur les aspérités, les reliefs… concentrez-vous sur la température ambiante, sur les sons, les odeurs… Vous êtes l’intermédiaire entre ce que vous vivez et ce que les lecteurs liront. Ne l’oubliez pas.

De l’authenticité !

Vous pouvez tout à fait livrer un récit fictif, fortement inspiré de vos voyages. Rien ne vous empêche d’écrire que vous avez été poursuivi par des ninja-espions-voyageurs temporels et que vous avez survécu à des pirates-zombies-mi-raptors-mi-gales. Cependant, même si vous partez dans la plus pure fantaisie, n’oubliez pas que votre récit doit être authentique.

Il ne faut pas confondre authenticité et réalité stricte. Mais il faut qu’à la lecture de votre récit de voyage, on se dise “l’auteur y est allé. J’ai un doute au sujet de la pieuvre géante, mais il y est allé”. N’oubliez pas que le récit de voyage doit faire voyager. Ce ne doit pas être un compte-rendu exhaustif de votre séjour. Si vous n’avez rien à raconter, car vous n’avez rien fait sur une journée, inutile de vous appesantir dessus.

Pensez à l’Odyssée. Dans cette épopée, Ulysse fait le récit de son voyage. A-t-il réellement offensé le cyclope ? A-t-il vraiment vécu ces aventures ? Où est-ce simplement un mauvais capitaine qui a perdu son équipage et qui embellit l’histoire d’un échec cuisant ? Au fond, peu importe. L’histoire qu’il raconte est authentique, aux yeux de son auditoire.

Conclusion.

Vous l’aurez remarqué, parmi les recommandations de cet article, nous n’avons pas indiqué “sachez écrire”. Il est évident qu’un texte mal écrit ne sera pas accepté. Mais inutile d’essayer de faire des ronds de jambe non plus. Un récit de voyage doit permettre une lecture presque instinctive. Chacun son style, certes, mais on préférera toujours un texte bien écrit, mais au style simple à un récit aux phrases alambiquées qui nous font ressentir le peu de maîtrise que l’auteur en a.

Pas besoin d'en faire des tonnes, dans votre récit de voyage, pour rendre à l'écrit la beauté d'un tel paysage.
Crédit photo : Tammy Cote

Quand un auteur est face à la beauté du monde, il n’a pas besoin d’écrire comme Baudelaire pour nous la faire ressentir. Nous avons aujourd’hui lu et corrigé de nombreux textes, et parmi les plus belles lignes que nous avons lues se trouvent souvent les plus simples.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *