[interview] Jonathan Itier nous parle de (ses) mondes obscurs.

Bonjour Jonathan Itier, et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Quelle a été la genèse des Maudits du Bajaur ?

Jonathan Itier : Bonjour l’Aquilon ! La genèse des Maudits du Bajaur est assez peu reluisante. Je me désolais d’un travail misérable dans un lycée de banlieue particulièrement difficile. Comme je disposais de beaucoup de temps dans les inter-cours, je me suis mis à écrire cette nouvelle, avec une sorte de dégoût absolu de la vie. Douleur est un euphémisme… Mes mains paraissaient peser des tonnes, je ne me douchais, ne parlais plus qu’au prix d’hideux efforts. Ce sentiment misérable m’a inspiré l’idée d’une malédiction, et le personnage principal a de nombreuses similitudes avec cet état de nerf déplorable qui fut le mien.

Pourquoi avoir choisi des soldats, comme principaux protagonistes ?

Jonathan Itier : Je ne connais pas l’armée, je n’ai jamais fait mes classes. Je ne suis pas légitime pour en parler en tant qu’écrivain réaliste. En tant que métaphore du combat intérieur que nous nous livrons tous à nous-mêmes en revanche, c’est une autre histoire. Lorsque Dino Buzzati écrit Le désert des Tartares par exemple, je crois qu’il veut nous parler d’autre chose que de la condition de vie des soldats, aussi passionnante soit-elle. Pour moi, les soldats cristallisent en intensité maximale tout ce qu’un être humain en situation de survie peut et doit affronter. Je précise bien qu’il ne s’agit pas nécessairement de bravoure, mais plutôt d’un instinct, d’un reste d’animalité salutaire qui nous évite un temps le désastre de l’écroulement, celui de l’esprit et du corps. 

Pourquoi le choix de mêler deux époques ?

Jonathan Itier : Ces deux époques permettent de créer une tension dramatique entre passé et présent et, dans la mesure où il s’agit presque d’une enquête, un suspens quant à la résolution du mystère qui entoure les maudits du Bajaur. En outre, l’âge avancé du protagoniste me permet d’introduire des jugements, des observations sur la condition humaine.

Jonathan Itier

Pouvez-vous nous parler de votre méthode d’écriture ?

Jonathan Itier : Je commence par écrire à la main, dans un petit carnet, les différentes idées fortes de mon intrigue. Il pourra s’agir d’un personnage, d’un paysage, d’un dialogue voire même d’une situation. Je ne fais jamais de plans. Une fois que ce premier travail me paraît mûr, je reporte les notes sur l’ordinateur. La phase de relecture et de correction intervient sur la fin. 

Quel est votre regard sur la littérature fantastique aujourd’hui ?

Jonathan Itier : Pour la littérature adolescente, nous traversons un âge d’or ! Mais la littérature fantastique ne doit pas perdre de vue sa dimension symbolique au profit du pur divertissement d’épouvante. La peur est une composante de ce genre, mais elle doit servir des vues plus grandes : réflexions sur la démesure, sur la vanité des prétentions humaines, la spiritualité. La SF est plus omniprésente, preuve que les lecteurs cherchent toujours le sens de l’histoire, mais à travers l’ambiance malsaine de notre société technicienne. L’œuvre d’Alain Damasio en est un bon exemple. Le fantastique est moins axé sur l’avancée des sciences, mais n’exclut pas le malaise de la civilisation, il le traduit plutôt sous des formes symboliques que sont les monstruosités, l’atmosphère des cauchemars, la difformité des choses, la question du Mal. Cette littérature manque un peu d’efficacité aujourd’hui, et je le regrette. 

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