L’Auto-stop : voyage sur le pouce

Marie a hésité à monter quand elle s’est aperçue que le conducteur était seul dans le véhicule… Toujours cette peur de l’homme, collée comme un ulcère aux parois de son estomac. L’angoisse de se retrouver aux côtés du mâle entre deux âges : pas assez jeune pour être mis sur la touche, pas assez vieux pour être attendri. Et cette impression de mésentente permanente renforcée par les coups d’œil furtifs qu’on se donne lorsqu’on n’ose pas engager le premier mot de la conversation.

Karma, de Jennifer Simoes

Un pouce levé, vers un avenir plus prometteur. Marie, la protagoniste de Karma, le roman d’anticipation de Jennifer Simoes, débute son épopée par l’auto-stop. Un geste de nos jours banal, bien connu. Longtemps, l’auto-stop a été vecteur de liberté, mais aussi un réservoir à fantasmes plus ou moins effrayants. Un autostoppeur fou, un conducteur dangereux, d’un côté, des histoires de rencontres et d’amitié de l’autre… Les baroudeurs pourraient en parler des heures durant. Arthur Serres, dans Nos Régions à la Bonne Franquette n’use-t-il pas, après tout, à l’envi de ce mode de transport ? Découvrons avec cet article la pratique de l’auto-stop.

L’auto-stop, le voyage en toute liberté ?

La pratique de l’auto-stop, telle qu’on la connaît, est apparue avec la démocratisation de l’automobile. En effet, les voitures devenaient de plus en plus répandues, mais restaient trop onéreuses pour la jeunesse. Il s’agit d’un moyen de transport informel, basé sur un accord tacite entre l’autostoppeur et le conducteur qui, par sens du service, déposera son passager le plus près possible de sa destination.

Le désir d’aventures et l’attrait économique sont le moteur de l’autostoppeur. Il s’agit également d’un fort vecteur social, car sur la route, les gens se rapprochent, apprennent à se connaître. Des rencontres qui peut-être n’auraient jamais été possibles se font, des amitiés se nouent. Pour le baroudeur qui part à l’aventure avec son simple sac à dos, l’auto-stop est une facette de son voyage.

L'auto-stop est indissociable de l'aventure
Crédit : The Digital Way

Pourtant, la pratique de l’auto-stop n’est pas sans risque, et nécessite une confiance aveugle. La peur de la prédation reste toujours ancrée dans l’imaginaire collectif. On pense notamment à des films comme The Hitcher (1986) qui joue sur la peur de l’inconnu. La pratique de l’auto-stop alimente les fantasmes, même les plus sombres, au point d’avoir donné naissance au mythe de l’autostoppeuse fantôme. Cette apparition ferait de l’auto-stop le soir, et resterait silencieuse. Puis, à l’approche d’un virage dangereux, elle pousserait un hurlement glaçant avant de disparaître.

Pratique de l’auto-stop.

Nous connaissons tous le geste emblématique de l’auto-stop : le pouce levé. Pourtant, il y a des règles, dans la pratique de l’auto-stop. Ainsi, en Europe, elle est interdite sur les autoroutes, bien que tolérée au niveau des péages et des entrées. De même, elle n’est pas tolérée sur les endroits interdits aux piétons. Notons que les autostoppeurs sont plus nombreux en Amérique du Nord qu’en Europe, bien que leur nombre ait chuté au début des années 2000.

le pouce levé est le signe emblématique de l'auto-stop.
Crédit : Stock Snap

Ajoutons enfin que l’auto-stop est fortement déconseillé dans une montée, une descente ou un virage pour des raisons évidentes de sécurité, mais également par temps de pluie ou de visibilité réduite.

Le pouce levé, signe presque international, ne peut être effectué partout dans le monde. En effet, dans certains pays, ce geste est jugé obscène. Aussi, dans certains pays (Russie, Inde…) on tend le bras, paume de la main vers le bas. Les autostoppeurs les plus prévoyants ont une pancarte indiquant leur destination, et se postent aux ronds points. Les plus astucieux gardent une ardoise qu’ils peuvent effacer (pratique si le voyage comprend plusieurs étapes).

Le cas du covoiturage.

Aujourd’hui, le covoiturage tend à remplacer l’auto-stop. On peut bien comprendre pourquoi. En passant par une plateforme, on prend une assurance en termes de sécurité, car les voyageurs et le conducteurs sont clairement identifiés. Par ailleurs, un compromis est trouvé en termes d’attractivité économique. Un covoiturage coûte moins cher au passager qu’un transport en commun, et le conducteur peut rentabiliser son voyage.

Le covoiturage est réellement l’enfant de l’autostop, car il conserve son caractère social, tout en empruntant les caractéristiques de la pratique la plus encadrée de l’auto-stop, celle qui voyait autostoppeurs et conducteurs prendre contact via une CB (radio).

Cependant, si covoiturage et auto-stop ont une racine commune, le covoiturage diverge de son ancêtre. En effet, de simple service, le covoiturage revêt un aspect de plus en plus lucratif, devenant un emploi. Le chauffeur devient un microentrepreneur et concurrence les taxis, sous l’étiquette VTC. Dérive ou suite logique, nous laissons au lecteur le loisir de se forger sa propre opinion.

Conclusion.

Le pouce levé, première étape de l’aventure. C’est le cas pour Marie, l’héroïne de Karma. Il y a quelque chose de poétique, de beau et d’incertain, dans cet acte qu’est l’auto-stop. Le vagabondage, l’aventure, la rencontre. L’auto-stop est comme une aventure imbriquée dans une autre. Une étape riche. En choisissant de placer Marie dans le rôle de l’auto-stoppeuse, Jennifer Simoes revêt l’héroïne de Karma du manteau usé de la voyageuse, de la passagère. Et à travers ses (més)aventures, Marie entraîne les lecteurs dans son sillage.

Karma commence par l'auto-stop.

Levez le pouce, Karma vous embarque dans un voyage, pas toujours facile, mais fort en émotions et en apprentissage.

Sources :

N. DERMIGNY, L’auto-stop efficace : débrouillardise en voyage : techniques modernes et performantes sur tous types de trajets : informations utiles en France et en Europe, se loger, se nourrir, préparer son départ, Poulet d’or, 2003

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